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La lettre du Laboratoire de l’Egalité – Mai 2019

LA LETTRE
DU
LABORATOIRE
DE 
L’ÉGALITE

L’ACTUALITÉ DE L’ÉGALITÉ PROFESSIONNELLE  
NUMÉRO 39 – MAI 2019

« L’ÉVOLUTION DE LA MIXITÉ AU SEIN DES ORGANES EXÉCUTIFS
SEMBLE BIEN LABORIEUSE »
QUESTIONS À : Caroline de La MARNIERRE, Présidente Fondatrice de Capitalcom, Directrice Générale Fondatrice de l’Institut du Capitalisme Responsable, Présidente de l’Observatoire de la mixité dont le Laboratoire de l’Égalité est membre.
Quelle est la place des femmes dans les Comités Exécutifs de nos grandes entreprises ? 
Si la France est championne du monde en matière de féminisation des Conseils d’Administration et de Surveillance depuis la mise en œuvre de la loi COPÉ-ZIMMERMANN avec un taux de 43,3 % en 2018 pour le SBF 120 (contre 14,8 % en 2011, année de sa promulgation), la progression reste plutôt médiocre au niveau des Comités Exécutifs (COMEX) et des Comités de Direction (CODIR). En effet, ce taux ne s’établit qu’à hauteur de 17,4 % – toujours à l’échelle du SBF 120 en 2018 – contre 13% en 2014 – année du 2ème seuil législatif de la loi COPÉ-ZIMMERMANN. À ce rythme-là, il faudrait encore 33 ans pour atteindre la parité dans les COMEX et CODIR en France, l’un des pays moteurs sur le sujet !
Au plan européen, les chiffres ne sont pas non plus fameux lorsqu’il s’agit de l’exécutif : 14,7% de femmes dans les COMEX et les CODIR en 2018 pour l’indice EUROSTOXX 50. On observe, cependant, de très fortes disparités entre les pays de l’Union Européenne. A titre d’exemple, l’Allemagne fait pâle figure avec seulement 9,5 % de femmes au sein des instances dirigeantes (indice DAX en 2018). La Grande-Bretagne, quant à elle, affiche de bien meilleures performances dans ce domaine en comptant 18,7 % (indice FTSE 100 en 2018).
Alors, bien sûr, l’évolution de la mixité au sein des organes exécutifs semble bien laborieuse. Mais si l’on souhaite conclure sur une note positive, on relèvera tout de même que les taux de mixité ont quasi doublé, en France, depuis 10 ans. De 6,3 % de femmes dans les COMEX et CODIR du CAC 40 en 2007, nous sommes passés à 15,6 % en 2018 !

Comment expliquez-vous la lenteur des évolutions ?
Il ne faut pas oublier que la prise de conscience – réelle – du sujet est extrêmement récente. CAPITALCOM[1], société que je dirige, a été la première structure à publier les taux de mixité dans les instances dirigeantes à l’échelle mondiale. C’était en 2007, lors de la première édition du WOMEN’S FORUM. A l’époque, la publication de ces données a fait grand bruit ! On ne réalisait pas, en fait, le décalage qui existait vraiment entre les hommes et les femmes dans les hautes instances. On parlait de « peu », ou encore de « pas assez », sans savoir de quoi nous parlions réellement.
Quelques années plus tard seulement, Marie-Jo ZIMMERMANN et Jean-François COPÉ se sont attelés au sujet – avec brio – et ont promulgué leur loi. Toujours à l’époque, cette loi a d’abord été assez controversée, mettant en exergue la dérive possible de nommer des femmes « potiches » dans les Conseils, le vivier de femmes potentiellement cooptables étant considéré comme très largement insuffisant aux dires de nombreux dirigeants. Les faits sont là, en 2018, c’est un énorme succès !
Pour ce qui est des femmes dans les COMEX et les CODIR, le sujet est très différent. Cela prend beaucoup, beaucoup plus de temps, car il nécessite – notamment – la constitution d’un vivier de femmes potentiellement dirigeantes. C’est une étape absolument essentielle. D’autres plans sont également à travailler, et pas des moindres : l’engagement – réel et sincère – des dirigeants, la culture d’entreprise, le mode de management, l’accompagnement des femmes tout au long du cycle de leur carrière, le langage, les habitudes… A titre d’exemple, combien de femmes souhaitent encore conserver un titre masculin car cela fait plus sérieux ? Un très grand nombre ! De ce point de vue, les chiffres ne sont pas complétement surprenants. En revanche, il est essentiel de passer – et ce rapidement – à la vitesse supérieure !
Il est intéressant de noter qu’à ce jour, les deux tiers des femmes présentes dans les COMEX et les CODIR occupent des fonctions dites « supports » :
– 24 % au sein des départements finances / juridique / éthique / conformité / risques ;
– 17,4 % pour les fonctions marketing et communication ;
– 15, 1 % sont Directrices des ressources humaines.

Vous semble-t-il nécessaire d’améliorer la situation et pour quelles raisons ?
C’est absolument essentiel ! Les bénéfices sont immenses et commencent – enfin ! – à être reconnus. La flexibilité accrue dans l’organisation du travail, en particulier, bénéficie tout autant aux hommes qu’aux femmes. C’est également l’opportunité de faire évoluer les pratiques managériales pour favoriser « une autre façon de penser et de se comporter ». L’occasion, aussi, de revisiter les process marketing et de communication, avec la montée en puissance du pouvoir d’achat et des prises de décision par les femmes… Ce point est absolument capital dans le contexte actuel, car chacun sait que l’innovation occupe une place prépondérante dans les stratégies de croissance et de compétitivité des entreprises.
Il s’agit donc d’une question de business, de gouvernance, de responsabilité, d’équilibre… L’entreprise, qui est un organisme vivant, doit se mettre le plus rapidement possible en phase avec les évolutions de la société civile et de son écosystème si elle veut assurer sa pérennité.  Les signaux faibles sont là, ils deviennent des évidences. Si l’on parle de chiffres, certains sont édifiants. Citons un récent rapport de l’ONU qui souligne que, si les femmes jouaient un rôle identique à celui des hommes sur le marché du travail, le PIB mondial annuel serait susceptible d’augmenter de 26% d’ici à 2025. 

Quelles sont les approches à privilégier pour casser ce plafond de verre ?
L’Institut du Capitalisme Responsable est extrêmement actif sur le sujet. Nous avons lancé, en 2014 et avec Marie-Christine MAHEAS, « l’Observatoire de la Mixité »[2] qui est porté par 8 Groupes partenaires pionniers (CREDIT MUTUEL ARKEA, ENGIE, LEGRAND, SANOFI, SODEXO, NEXITY, MAZARS, SUEZ), un Comité d’Orientation composé d’une petite vingtaine d’expert.e.s de haut vol et parrainé par Michel LANDEL (Administrateur indépendant, ex-DG de SODEXO). Au sein de ce « Think and Do Tank », nous avons réalisé – ensemble – un Livre Vert qui présente les 6 mesures clés pour accélérer la mixité à tous les échelons de l’entreprise. Aujourd’hui, ce document fait référence et ses mesures sont suivies par un grand nombre d’entreprises.  Toujours dans l’idée d’inciter les entreprises à briser le plafond de verre, nous avons également co-fondé en 2017, avec ETHICS & BOARDS et Marie-Jo ZIMMERMANN, les « Grands Prix de la Mixité » qui récompensent les entreprises européennes les plus performantes en matière de mixité. Ces Grands Prix sont remis dans le cadre des journées « Paris Europlace » au mois de juillet, grand rendez-vous des investisseurs internationaux. Cranter la mixité au sein d’un événement strictement financier est une première mondiale, dont nous sommes particulièrement fières avec Marie-Jo ZIMMERMAN et Floriane de SAINT-PIERRE.

# L’ACTU DU LABO
« FEMMES ET RETRAITES » : c’est le thème de l’intervention de Corinne HIRSCH, Vice-Présidente du Laboratoire de l’Égalité, lors du « PRINTEMPS DES FAMEUSES », le festival de l’égalité entre les femmes et les hommes organisé à Nantes du 8 au 22 mars 2019. Découvrir la vidéo de l’intervention
« L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, PAS SANS ELLES ! » : le dernier ouvrage de la collection Égale à Égal a été présenté chez DELOITTE France lors d’un débat réunissant Olga TROSTIANSKY, Corinne HIRSCH, respectivement Présidente et Vice-Présidente du Laboratoire de l’Égalité, et Rachel TOTY, manager chez NOKIA.
# LE CHIFFRE 
C’est le pourcentage de femmes dans la population des entrepreneur.e.s français.e.s ; mais, si 57 % des entrepreneur.e.s ont des enfants, seules 18 % sont des mères.
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# LA PHRASE
« Rien n’est inaccessible, et certainement pas pour une femme. Les femmes sont exceptionnelles professionnellement. Elles donnent dans l’analyse, dans l’engagement, dans le multitâche, dans le collaboratif… Le mode de fonctionnement d’une femme est exactement ce qui fait les succès des entreprises aujourd’hui ».
VIRGINIE MORGON, Présidente EURAZEO, fond d’investissement qui gère aujourd’hui 20 milliards de dollars d’actifs.
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# L’ÉGALITÉ DANS TOUS LES ÉTATS
ÉLECTION EUROPÉENNES :

  • POUR UNE POLITIQUE FÉMINISTE EUROPÉENNE : la secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité femmes-hommes, Marlène SCHIAPPA, et la tête de liste de la majorité aux élections européennes, Nathalie LOISEAU, plaident pour une « politique féministe européenne » afin « d’harmoniser par le haut les droits des femmes. En savoir plus 
  • POUR UNE RÉELLE PARITÉ DANS TOUTES LES STRUCTURES : Gwendoline LEFEBVRE, Présidente du Lobby Européen des Femmes (LEF) rappelle que 36 % des membres du Parlement Européen sortant sont des femmes, 9 femmes figurant parmi les 28 Commissaires Européen.nes et demande « une réelle parité entre femmes – hommes dans toutes les structures décisionnelles et les hautes fonctions de l’Union Européenne » ainsi que « la nomination d’un.e Commissaire Europén.ne ayant pour unique mission les droits des femmes et l’égalité femmes – hommes ». En savoir plus
CANNES 2019 : PAS ENCORE LA PARITÉ MAIS ON PROGRESSE : 13 réalisatrices figurent au programme du Festival 2019 : 4 en compétition officielle, 7 dans la section « Un certain regard » et 2 en « Séances spéciales ».
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LA FRANCE HÔTE DE LA COUPE DU MONDE DE FOOT FÉMININ (7 JUIN – 7 JUILLET)
  • ENCORE LOIN DU FEU DES PROJECTEURS : l’événement reste bien moins médiatisé que son équivalent masculin et les sportives évoluent dans l’ombre des sportifs. En savoir plus
  • ELLES EN ONT ASSEZ D’ÊTRE COMPARÉES AU FOOT MASCULIN : les footballeuses en ont désormais assez d’être jugées par rapport aux « footeux », alors que la Fédération Internationale de Foot souligne la professionnalisation et l’amélioration de leur jeu. En savoir plus
  • « TOUT CE QU’ON M’A DIT POUR ME DÉCOURAGER D’ÊTRE FOOTBALLEUSE » : Mélissa PLAZA a évolué parmi les plus grands clubs de foot de ligue 1 et en équipe de France ; titulaire d’un doctorat en psychologie du sport, elle présente sa thèse sur « Les stéréotypes de genre en contexte sportif » dans de nombreuses conférences et dans l’ouvrage « PAS POUR LES FILLES ? » (Ed. Robert Laffont) ; témoignage. En savoir plus
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LE SPORT COMME POUVOIR NORMATIF : depuis une dizaine d’années, la situation de l’athlète Sud-africaine SEMENYA, illustre l’épreuve que les athlètes hyperandrogènes (victimes d’un excès d’hormones sexuelles mâles) connaissent pour exister dans le monde sportif. En savoir plus